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Jusqu’au début des années 80, dans un contexte de croissance économique, la plupart des associations étaient subventionnées de façon relativement automatique. Durant cette période la force et la légitimité de ces associations reposait sur ses militants actifs et l’appartenance a des réseaux (locaux ou nationaux) qui consolidait leur position sociale. L’association se positionnait alors entre un État très centralisé et des collectivités locales qui ne disposaient pas des compétences actuelles dues à la décentralisation. Le mode de financement était alors simple et reposait majoritairement sur une dotation globale qui permettait de financer l’activité et les charges de structure ou sur la subvention d’équilibre qui permettait de couvrir le déficit généré par l’activité.
Depuis lors le partenariat pouvoirs publics/associations est marqué par des ruptures et les évolutions des différentes collectivités publiques : la période récente a en effet connu une forte restructuration des financements publics consécutive, pour une part importante, à la décentralisation : le transfert de compétences de l’État vers les collectivités locales a modifié, voire parfois bouleversé, le partenariat public des associations. L’État a diminué ses financements en direction des associations alors que les régions et les départements ont vu leurs financements augmenter de façon importante. Les conseils généraux en charge de l’action sociale (dont le RMI puis le RSA), sont ainsi devenus en quelques années un partenaire important des associations ; ils assurent aujourd’hui le dixième du financement des associations. Les associations qui avaient pour principal partenaire l’État se sont parfois brusquement trouvées en grande difficulté et ont, pour certaines, dû interrompre leurs interventions ou les limiter de façon drastique, tandis que d’autres associations, intervenant dans des domaines d’action nouveaux ou déjà partenaires des conseils généraux, se sont développées d’une façon rapide et parfois considérable.
Cette évolution a été marquée par un contrôle bien plus important effectué par les collectivités locales ou par les services d’état en charge des fonds publics (la gestion du FSE en est le parfait exemple). Petit à petit c’est le financement par projet qui est devenu la norme, avec pour implication : une définition toujours plus contraignante des objectifs en amont de l’action une évaluation du résultat en aval (les actions doivent être probantes, efficaces, mesurables…)
A l’heure actuelle le financement sur projets ou contrat d’objectif est la règle et la procédure d’appel d’offre devient courante pour les activités apparentées à la délégation de service public avec le risque d’une marchandisation des missions d’intérêt général (les associations sont maintenant souvent en concurrence) Cette évolution implique également un savoir faire, une professionnalisation en terme de gestion et de communication qui prend le pas sur l’action militante et le discours idéologique et l’on observe dans les associations ayant des salariés, que cette professionnalisation chasse les bénévoles militants des conseils d’administration (ou les réduit à un rôle de représentation passive) et renforce les pouvoirs des gestionnaires et des financeurs. Mais cette évolution a des effets pervers, en ce sens qu’elle formate les modes de gestion de gouvernance dans le sens de ceux pratiqués par les entreprises et qu’elle étouffe toute innovation sociale puisque l’association répond de fait à une commande.
Pourtant même si le discours dominant met en avant la crise du militantisme, nous savons qu’il y a de plus en plus d’associations (1 100 000 actives sont dénombrées, gérant plus de 60 Milliards d’euros de budget) et de plus en plus de bénévoles C’est l’augmentation du nombre d’associations qui explique alors, pour l’essentiel, l’augmentation considérable du volume total du travail bénévole enregistrée depuis plusieurs années. Désormais le militantisme associatif se réoriente vers d’autres centres d’intérêts (culture, écologie, défense d’intérêts particuliers…au détriment de l’éducation populaire par exemple) mais cet engagement est souvent ponctuel, multiforme, en fait le militant associatif nouveau « zappe » d’association comme il zappe de programme télé. Et les associations gérant beaucoup de personnel et de gros budgets apparaissent de plus en plus comme des entreprises para-publiques au service des collectivités ou de la politique de l’emploi.
Jean-Pierre Francoual
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